Et ce n’était pas pour nous épargner, ils ont tout mis en œuvre pour rendre notre deuil terriblement atroce…
…car le 9 juillet, après une bataille épuisante, j’ai pu enfin obtenir un rendez-vous à Avallon.
Maman, mon mari et moi avons exigé de voir les photos et la chargée d’enquête a accepté de nous les montrer.
Notre Eric était toujours beau, nous le revoyions enfin. Ce petit instant de …si j’osais dire de « bonheur », nous était enfin octroyé. Lui dire un dernier adieu en caressant le papier glacé d’une photo. C’est atroce et doux en même temps. Peut être une étape nécessaire pour maman et moi car nos nuits étaient peuplés de cauchemars affreux…mais avouer la vérité à une adolescente qui pleure de ne pas avoir pu embrasser une dernière fois son papa…et découvrir que l’on nous a interdit arbitrairement ce dernier adieu : c’est innommable !
Puis après est tombé une partie de la vérité sur l’accident : le véhicule utilitaire qui le suivait avait bien pris la fuite et la Clio qui accompagnait ce véhicule également ! Un couple qui rentrait peut être d’une soirée arrosée, seuls témoins et acteurs de l’accident qui ont eu toute la nuit pour mettre au point leur témoignage…dans le cas où ils seraient retrouvés car c’est juste le hasard, la malchance pour eux : les autres voitures arrivées après l’accident, appartenaient à des habitants du même village qui « ont cru » reconnaître la Clio qui partait au moment où les pompiers intervenaient.
Des êtres ignobles qui rentrent chez eux alors que la carrosserie du camion est maculée de sang et de fragments de peau.
Ce qui c’est passé réellement sur cette nationale…nous ne le saurons jamais, ces deux individus sont les seuls à le savoir. Tout c’est passé en une poignée de secondes, mais dans quel ordre ?
Nous avons porté plainte, pris un avocat, en mémoire d’Eric, le fils, le frère, le tonton, l’ami, le motard tant aimé de tous. La procédure sera longue, douloureuse mais si elle pouvait les torturer jusqu’à la fin de leur vie…
Et si elle pouvait également faire bouger un peu ceux qui nous représentent, qui décident à notre place…mettre un tout petit d’humanité dans les gendarmeries, les commissariats, pour que plus jamais d’autres familles vivent cet enfer…
C’est déjà tellement difficile de perdre ceux que l’on aime dans de telles conditions…ce manque d’eux que jamais rien ne viendra soulager, remplacer.
« faire son deuil », je ne crois pas à cette formule, car on ne le fait jamais.
On survit à leur départ, c’est tout.
Martine mais je devrais signer : ma sœur-ta-sœur car il était mon frère-ton-frère. C’étaient nos petits surnoms plein de tendresse depuis 45 ans.